cuir d’orient n°3

No word remains, only silence, heart's wager, flesh laid bare,

She and I had never severed, neither passions nor illusions we'd wear,

Our strengths, our possessions, laid bare, there we stand.

And then one day, under a boundless sky, it came to pass,

"At last..." she said to me then, before enveloping in leather and fragrance, alas,

Weary, she no longer looked at me, a smile drowned in the moist of her lips,

I knew she was capable of all, I felt so warm, perhaps a fever's eclipse.

My ochre from the sands, a grace in weary eyelids found,

I love her tranquil face, features imbued with unsettling profound,

I'll have her skin, I thought to myself, her ebony against mine,

One night, our orientations, a distant land, my Sienna's desert, a sign.

* * *

In this yellow bottle lies a relentless elixir's claim,

One hundred milliliters of a cinnamon obsession, in a captive frame,

A rare scent, a willing prisoner in its case,

A flame, nay, a drunken blaze, of this, I embrace.

Beneath the gold of this vessel, of wicked leather and ochre's spell,

Where ambers sizzle, absolutes, oils, and macerations dwell,

I discern beneath the veil its orient, its unlikely trace,

A flower of fire, in shadow cast, in the guilty light's embrace.

My delight is to be the one who relieves her from her chains,

Her Cerberus detains her still, weary, I part without disdain,

He yields, hardly resists, and soon enters his tomb,

Free at last, my fragrance caresses me, in turn, I succumb.

* * *

From the darkness emerges a secret glow, a substance so extreme,

Perhaps a dream, a wave on the canvas, the birth of a star, it may seem,

An immutable essence, a radiance, its zephyr, the desert reveals,

What I know of the infinite, I've learned here, facing the night's surreal ordeal.

For there lies all the beauty of the world, laid upon this spilled gold,

Can you now see how she spreads her draped bold,

Sweeping away words, she nibbles, the pretentious lip does tease,

Within her, I lose myself, stirred by the winds, our frantic fragrances.

Il n’y a plus un mot qui vaille. Seul subsiste le silence.

Le pari du cœur. La chair à nu.

Elle et moi n’avions jamais rompu.

Ni avec nos passions, ni même avec nos illusions.

Nos puissances, nos possessions.

Et puis un jour, sous un ciel sans fin, cela advint.

« Enfin ... » me dit-elle alors, avant de s’embrunir de cuir et de parfum.

Las, elle ne me regardait plus, noyait un sourire dans l’humide de ses lèvres.

Je la savais capable de tout. J’avais si chaud et sans doute un peu de fièvre.

Mon ocre des sables, une grâce aux paupières épuisées.

J’aime son visage apaisé, les traits glissés dans leur inquiétante étrangeté.

J’aurai sa peau me dis-je, son ébène, contre la mienne.

Une nuit, nos orients, une terre lointaine. Mon désert de Sienne.

* * *

Il y a dans cette bouteille jaune un élixir acharné,⁠

Cent millilitres d’une obsession cannelle, encapsulée,⁠

Une eau de senteur rare, prisonnière amène en son écrin, ⁠

Une flamme que dis-je, ivre flamme, de cela je suis certain !⁠

Sous les ors de ce flacon, de cuir et d’ocre scélérat,⁠

Où grésillent ambrés les absolues, les huiles, les macérats,⁠

Je devine sous le voile son orient, son effluve improbable,⁠

Une fleur de feu, en ombre portée dans la lueur coupable.⁠

Mon orgueil est d’être celui qui la délivre de ses chaines,

Un cerbère la retient pourtant, las je l’écarte sans haine,⁠

Il plie, ne résiste guère, et déjà découvre sa tombe,⁠

Libre enfin mon parfum, ma caresse, à mon tour je succombe.

* * *

De l’obscurité surgit une lueur secrète. Une matière étrange, extrême. ⁠

Un songe peut-être. Une vague sur la toile, la naissance d’une étoile,⁠

Une essence immuable, un éclat, son zéphyr, le désert nous dévoile.⁠

Ce que je sais de l’infini, je l’ai appris ici. Face à la nuit, blême et suprême.⁠ ⁠

Car il y a là toute la beauté du monde, couchée sur cet or répandu.⁠

Vois-tu désormais comme elle étale son drapé, sa lumière audacieuse?⁠

Balayant les mots, elle mordille, la lèvre gourmande et prétentieuse,⁠

En son sein, je m’égare, excité par les vents, nos parfums éperdus.⁠

Guillaume Auda