essence du sérail n°4
When she enters the room, on silent feet, one can't quite ascertain,
Whether it's a shadow or a silhouette, an essence akin to a gentle breeze's reign,
She's there, she moves, without a word, in a breath, burning in her seraglio's allure,
Pierced by vanity, in the swarm of beauties, queen of the caravanserais, so pure.
What does she know of him who gazes at her?
What does she know of his scent, his threat?
Her heart, like marble, invaded, beneath the gray of the bottle, does it ever forget?
There are two beings ablaze, one of blood, the other of flesh and dream,
Between them insinuated, the turmoil and rebellion, as the shadows lengthen, it seems.
Death steals across the plains, a cut throat when necessary, shoots its arrows in the door frame,
For the night indeed falls, and already under the vault, the stars rise in the azure's name.
Thus, their story concludes, in humanity's compromised state, precisely true,
Eyes turned, at the edge of existence, toward the horizon of events, through and through.
* * *
She said that the end of the world was fast approaching. Not so much the end of the world,
she clarified, as the end of humanity. "Because our Earth will continue to turn," she added. On
itself, and for a very long time around its fiery star. Every morning, she explained, due to the
combined effect of our billions of activities, "by car, by plane, or behind our screens," the sun
awakens and rises in the skies, even hotter than it was the day before. "We call it global
warming. Or rather, the greenhouse effect. That's how we experience it."
But in her eyes, and here she insisted, instead of being sad or even scared, it should give us the
opportunity for unbridled celebration. "A massive global celebration. A giant street party, from
one continent to another. An international foam party, a rave like no other. An endless
cocktail, where we would joyously celebrate the collapse of our civilization." A bit like how we
celebrated the end of the school year in childhood, she imagined, or much later when one
reaches the twilight of their career. It's true in the end, she concluded, after us, the
deluge, "so why be dismayed?"
I was there, listening to her, somewhat stunned. I tried to reason with her vaguely. "Do you realize what
you're saying? It's quite cynical, don't you think?" No, she didn't think so. Then in silence, she walked over to
the dining table. Calmly, she placed a cutting board on it, and on top of it, a tulip inside a tiny vase, and also
two apples and three scattered pears. And the peel of an onion that was lying around. Along with a kitchen
knife. A very orderly arrangement. Frozen in a form of eternity. Fruits, a flower, a blade, on a fixed plane.
"A still life!" she punctuated. It's true, I nodded. I had never seen anything so alive. A fragrance and its truth.
I understood her reasoning.
* * *
Her face beneath a gray sky,
In the radiance of a rainy day's sigh,
This face I observe, her feminine grace,
Writing about the act of observing's embrace,
Observing the writing, a mirrored trance,
Describing this face that watches me dance.
Eyes filled with velvet and the night's grandeur,
Her meticulous hygiene in the hotel's demure,
"And this rain," as you say,
Her harem, our bottles, in disarray,
They say butterflies dine at noon; they attest.
Love, freedom, cult, the mutilated debris,
Of an ancient Parthenon, a fiery decree,
Muse of abstract times, with a pretentious chest,
At 6 Sans Elle Street, blood beneath the crest,
She hosts a shiver in the slumbering town,
The latest version of a novel, a renown,
The secret of a perfume, a hidden sense,
But what do I truly know of her burning essence?
Of our foolish spleens, our passions entwined,
In the still calm, she lives without a mind,
Not for others, not even for tomorrow's view,
In her tranquil existence, her own world she'll construe.
Lorsqu’elle entre dans la pièce, à pas feutrés, on ne saurait dire tout à fait,
S’il s’agit d’une ombre ou d’une silhouette, une essence pareille aux vents légers.
Elle est là, elle se meut, sans un mot, dans un souffle, brûlante en son sérail,
Piquée de vanité, dans l’essaim des beautés, reine des caravansérails.
Que sait-elle de lui qui la dévisage ?
Que sait-elle de son effluve, sa menace ?
De marbre son cœur envahi, sous le gris du flacon, jamais ne s’efface...
Il y a là deux êtres embrasés, l’une est de sang, l’autre de chair et de songe,
Entre eux insinués, le trouble et la révolte, à l’heure où les ombres s’allongent...
La mort plane désormais, coupe-gorge au besoin, darde ses flèches dans l’embrasure,
Car la nuit tombe il est vrai, et déjà sous la voûte, les étoiles s’élèvent dans l’azur.
Aussi s’achève leur histoire, dans l’humanité compromise, certes exactement,
Les yeux tournés, à la limite de l’existence, vers l’horizon des évènements.
* * *
Elle a dit que la fin du monde approchait à grands pas. Enfin celle du monde moins
certainement que celle de l’Humanité, « car notre Terre continuera de tourner », a-t-elle
ajouté. Sur elle-même d’une part, et pour très longtemps encore autour du soleil. Chaque
matin, a-t-elle poursuivi, sous l’effet combiné de nos milliards d’activités, « en bagnole,
en avion ou derrière nos écrans », ce même soleil s’éveille et s’élève dans les cieux plus
brûlant encore qu’il ne l’était la veille. « On appelle cela le réchauffement. Plutôt l’effet
de serre. C’est ainsi qu’on le ressent. »
Mais à ses yeux, et là elle a vraiment insisté, au lieu de s’en attrister, voire même de s’en
effrayer, cela devrait au contraire nous donner l’occasion d’une fête débridée. « Une
immense célébration à l’échelle planétaire. Une street party géante, d’un continent à
l’autre. Une soirée mousse internationale, une teuf comme nulle autre. Un cocktail sans
fin, où nous fêterions dans l’allégresse l’effondrement de notre civilisation. » Un peu
comme en enfance nous fêtions la fin de l’année scolaire, a-t-elle imagé, ou beaucoup
plus tard quand vient le dernier âge, d’autres fêtent leur fin de carrière. C’est vrai au
fond, a-t-elle conclu, après nous le déluge, « alors pourquoi s’en effarer ? »
Moi j’étais là, je l’écoutais un peu sonné. J’ai vaguement essayé de la raisonner. « Tu te
rends compte de ce que tu dis ? C’est quand même très cynique tout ça ! Non tu ne
trouves pas ? » Non, elle ne trouvait pas. Puis en silence, elle s’est avancée vers la table
à manger. Calmement, elle y a disposé une planche à découper, et dessus une tulipe, à
l’intérieur d’un vase minuscule, et aussi deux pommes et trois poires dispersées. Et
l’épluchure d’un oignon qui trainait. Ainsi qu’un couteau de cuisine. Un ensemble très
ordonné. Figé dans une forme d’éternité. Des fruits, une fleur, une lame, sur un plan fixe.
« Une nature morte ! » a-t-elle ponctué. C’est vrai, ai-je acquiescé. Je n’avais jamais rien
vu d’aussi vivant. Un parfum et sa vérité. J’avais compris son raisonnement.
* * *
Son visage sous un ciel gris,
Dans l’éclat d’un jour de pluie,
Ce visage que j’observe, son visage féminin,
Écrire sur le fait d’observer,
Observer l’écriture,
Décrire ce visage qui m’observe,
Les yeux gorgés de velours et de nuit,
Son hygiène pointilleuse à l’hôtel,
« Et cette pluie », comme tu dis,
Son sérail, nos flacons,
Il paraît que les papillons mangent à midi.
L’amour, la liberté, le culte, les débris mutilés
D’un antique Parthénon, le regard enflammé,
Muse des temps abstraits, le sein prétentieux,
Au 6 rue Sans Elle, le sang sous la tempe,
Elle héberge un frisson, dans la ville endormie,
La dernière version d’un roman,
Le secret d’un parfum.
Mais que sais-je au fond de sa brûlante évidence,
De nos spleens imbéciles, de nos passions enfin ?
Dans le calme immobile, elle vit sans penser,
Ni aux autres, et pas même à demain.
Guillaume Auda